Un film dénonce le style de vie luxueux de Loukachenko

Bienvenue dans la trente et unième édition de la newsletter de la communauté des Bélarusses à Paris.

Dans cette édition:      

La mine d'or de Loukachenko

L'équipe de la chaîne Telegram NEXTA (reconnue comme extrémiste au Belarus) a présenté un film de 80 minutes qui dénonce le style de vie luxueux du président du Belarus et affirme qu'il est financé par la corruption.

Le film a été regardé par près de 5 millions de personnes depuis son apparition le 8 mars.

Les réalisateurs affirment avoir trouvé des preuves que le chef d'État possédait 18 résidences, une énorme flotte de véhicules, quatre avions et un hélicoptère. Pourtant, ces propriétés seraient invisibles pour les autorités fiscales : selon le film, M. Loukachenko a toujours laissé vide la ligne "biens personnels" sur sa déclaration d'impôts.


Par @lilia_kvatsabaya

Les allégations se fondent sur des documents et des témoignages de journalistes et de fonctionnaires anonymes de l'administration. Si les autorités n'ont pas réagi à la sortie du film, M. Loukachenko a déclaré la semaine dernière que ses opposants complotaient pour diffuser une fausse histoire afin de déstabiliser le régime.

Le film affirme que les fonds européens ont contribué à financer le régime de Loukachenko et son style de vie dispendieux.

Selon les réalisateurs, de 2014 à 2020, l'UE aurait alloué près de 3,5 milliards d'euros au Belarus dans le but d'éloigner Minsk de Moscou et de rapprocher l'ancienne république soviétique de l'Occident.

Pendant de nombreuses années, affirment les journalistes de NEXTA, la Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement et la Banque Européenne d'Investissement ont accordé des prêts à des taux très bas au Belarus. Ces fonds étaient destinés à des programmes de développement économique, d'entrepreneuriat et d'environnement.

Selon les réalisateurs, au lieu d'utiliser les fonds aux fins prévues, Loukachenko les a distribués à son entourage proche.

Des logements ont été construits avec l'argent européen, puis vendus à des citoyens ordinaires moyennant une hypothèque allant de 8 à 24 %. Les fonds alloués aux programmes environnementaux, selon une source anonyme de l'administration, servaient entre autres à l'entretien des résidences du chef de l’'État situées dans les réserves naturelles.

Après la sortie du film, l'eurodéputée Viola von Cramon (en sa qualité de membre de la commission du contrôle budgétaire du Parlement européen) a ouvert une enquête sur les mécanismes par lesquels M. Loukachenko avait reçu de l'argent de l'UE pour construire ses résidences.


Des peines draconiennes


Par @lilia_kvatsabaya

Le 13 septembre, à Brest (sixième ville du Bélarus), une manifestation pacifique a été brutalement dispersée par les forces de l'ordre à l'aide d'un canon à eau lors de la Marche des Héros. Peu après cet événement, une procédure pénale a été ouverte contre plusieurs dizaines de manifestants.

Cette semaine, 7 personnes ont été condamnées à des peines de 4 ans en moyenne dans des colonies pénitentiaires à régime strict ; et deux mineurs ont été condamnés à 3 ans dans des colonies pénitentiaires éducatives. D'autres personnes devraient être punies prochainement dans cette affaire.

Et ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres de l'intensification des poursuites contre les manifestants bélarusses.

Le régime espère que ces peines sévères décourageront d'autres personnes de redescendre dans la rue maintenant que le printemps arrive.

11 mars, le régime a porté plainte contre Siarhei Tsikhanouski (mari de Svetlana Tsikhanouskaia et ancien candidat à la présidence). Il pourrait être condamné à une peine allant jusqu'à 15 ans de prison.

Plusieurs des prisonniers ont entamé une grève de la faim. Parmi eux :

Mémorisez bien leurs noms !



Les armes russes au Belarus

Une enquête menée par BYPOL, un réseau d'anciens officiers dissidents des services de sécurité et du système de justice pénale bélarusses, a mis en évidence l'utilisation généralisée d'armes et de munitions russes par les forces de Loukachenko pour réprimer les manifestations.

Il s'agit notamment de nombreuses armes aux capacités militaires létales dont l'utilisation sur des civils viole les normes internationales en matière de droits humains, écrit Foreign Policy.


Par @lilia_kvatsabaya

Depuis août dernier, BYPOL a collecté les photos d'armes, de munitions usagées et de blessures infligées aux manifestants publiées sur Internet. Sur la base de ces éléments, ainsi que de témoignages directs et d'informations fournies par des sources encore présentes au sein des agences de sécurité bélarusses, BYPOL a conclu que

plusieurs types d'armes et de munitions (notamment des fusils semi-automatiques, des mitrailleuses Kalachnikov et des lance-grenades) ont été utilisés contre les participants aux manifestations.

La plupart de ces armes sont destinées à des fins militaires, notamment à la répression de graves troubles civils ou d'attaques terroristes, et sont rarement déployées pour le contrôle normal de la foule.

Solidarité avec les femmes prisonnières



Dimanche dernier (7 mars), nous avons manifesté notre solidarité avec plusieurs dizaines de femmes qui font partie des prisonniers politiques au Belarus (dont le nombre approche 300). Nous avons porté un portrait de chacune d'entre elles, et avons défilé du Palais Royal à l'Hôtel des Invalides.

Notre diaspora a été rejointe par plusieurs amis du Belarus en France, dont le député Frédéric Petit.

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Cette newsletter a été réalisée par Alisa Syrakvash et Lena Zerka. Le design graphique est l’œuvre de Fiodar Kuleunich. N’hésitez pas à nous contacter si vous souhaitez contribuer ou soutenir notre association !