Bélarus : un Mondial de hockey controversé.

Bienvenue dans la vingt-quatrième édition de la newsletter de la communauté des Bélarusses à Paris.

Dans cette édition:

Alors que des marches de protestation pacifiques continuent d’avoir lieu dans les quartiers de nombreuses villes bélarusses, l'organisation de défense des droits humains Viasna a rendu publiques des statistiques témoignant de l’escalade répressive du régime d’Alexandre Loukachenko au cours des derniers mois.

Depuis le 9 août 2020, 32 084 citoyens ont été arrêtés

à l’occasion des manifestations pacifiques organisées par l’opposition. 900 d’entre eux font l’objet de charges criminelles. Au total, les Bélarusses ont payé aux autorités près de 1,8 millions de roubles bélarusses d’amende (environ 570 000 euros) en raison de leur participation à la protestation.

Viasna donne aussi d'autres chiffres de l'ampleur de la répression post-électorale :

Il s’agit de la plus large répression politique orchestrée en Europe au cours des 40 dernières années…


Dans ce contexte, le 6 janvier dernier, les enquêteurs bélarusses ont décidé de prolonger la détention provisoire de Maria Kalesnikava au sein de la prison de Zhodzina jusqu’au 8 mars prochain.

Figure emblématique de l’opposition bélarusse et membre du Conseil de Coordination, Maria Kalesnikava a été kidnappée le 8 septembre dernier par les autorités. Suite à son refus de quitter le pays, l’ancienne coordinatrice de la campagne du candidat à l’élection présidentielle Viktor Babaryko fait désormais l’objet de charges criminelles. Elle est notamment accusée d’avoir fomenté, par l’intermédiaire des médias et d’Internet, des actions destinées à porter atteinte à la sécurité nationale bélarusse. De son côté, l’équipe chargée de sa défense invoque, au contraire, la volonté de l’opposante de protéger la sécurité nationale.

Comme Maria Kalesnikava, 178 opposants au régime sont actuellement détenus dans les geôles bélarusses en raison de leurs activités politiques. Nombre d’entre eux encourent de lourdes peines de prison pouvant atteindre plusieurs années.

Dans le même temps :

Loin de se cantonner au théâtre des manifestations, la répression du régime se manifeste aussi sur Internet. Selon une nouvelle étude de la société TOP 10 VPN,

le blocage du réseau Internet au Bélarus en 2020 est à l’origine d’une facture de 336 millions de dollars.

Au total, le réseau a été bloqué pendant 218 heures et les coupures ont affecté 7,9 millions d’internautes.

Surtout, ces interruptions ont été organisées dans l’objectif de dissimuler les violations des droits humains commises par le régime comme le droit de réunion pacifique et la liberté de presse mais aussi la falsification des élections.



Alors que la pandémie de Covid-19 a provoqué l’annulation de la majorité des évènements de la Fédération internationale de hockey de la saison 2020-2021,

le président bélarusse Alexandre Loukachenko a exhorté le patron de la Fédération internationale (IIHF) René Fasel à résister à la « pression injuste » afin de garantir la tenue du Mondial 2021 au Bélarus.

Le tournoi doit être co-organisé entre Minsk et Riga.


En visite officielle à Minsk, M. René Fasel a rencontré ce lundi matin l’autocrate bélarusse Alexandre Loukachenko. Largement relayées sur les réseaux sociaux, les images de l’accolade chaleureuse échangée par les deux hommes ont fait grincer des dents. Depuis plusieurs semaines, en effet, de nombreux intellectuels et représentants politiques du monde entier ont pris le relais de l’opposition bélarusse pour demander le transfert de l’évènement dans un pays étranger en raison du contexte de répression brutale du mouvement de protestation pacifique en cours dans le pays.

La menace d’un boycott international

Dès le mois de novembre 2020, la députée européenne suédoise Karin Karlsbro avait jugé « inacceptable » la tenue du Mondial à Minsk. Dans la foulée de sa déclaration, Mme Karlsbro avait lancé une pétition visant à faire déplacer l'événement. Depuis, deux courriers ont été adressés par le Parlement européen à René Fasel, président de la Fédération Internationale de Hockey dont le second était signé par 49 parlementaires européens. De plus, de nombreuses personnalités politiques nationales ont pris position.

Ainsi, Thomas Pietricek, ministre des Affaires étrangères de la République Tchèque, a affirmé ne pas pouvoir imaginer que le tournoi ait lieu au Bélarus, considérant que cela « légitimerait un régime répressif ». De son côté, le président de la commission des sports du Bundestag (le parlement allemand) a estimé que la fédération allemande de hockey sur glace devait donner l’exemple des droits humains et de la démocratie et soutenir le transfert de la Coupe du monde 2021 dans un autre pays. Enfin, le président de l’Union danoise de hockey Ulrich Larsen déclarait le 7 janvier dernier que l’équipe nationale danoise pourrait refuser de participer à la compétition si celle-ci devait avoir lieu à Minsk, précisant que de nombreux autres pays-membres de la Fédération internationale de hockey partageaient son point de vue.

Le président de la Fédération bélarusse de hockey visée par une enquête

Au-delà de la répression politique globale dont est accusé le régime, certains soupçons visent plus spécifiquement Dmitry Baskov, président de la fédération bélarusse de hockey sur glace nommé en septembre 2020 par M. Loukachenko. Il est soupçonné d’être impliqué dans la mort de Roman Bondarenko, professeur d’art de 31 ans, qui a été battu à mort lors de son arrestation sur l’emblématique "place du Changement".

Le lien entre Baskov et la mort de Roman Bondarenko a été confirmé par les conversations téléphoniques entre Baskov et Shakuta publiées sur Internet. Au regard de ces présomptions, dès le mois de novembre, la Lettonie, co-organisateur du Mondial de 2021 avait ajouté M. Baskov à la liste noire des personnes interdites sur son territoire. De son côté, la Fédération internationale de hockey sur glace a diligenté une enquête contre ce dernier. Le Fonds de solidarité sportive du Bélarus (BSSF) a également envoyé une lettre exigeant le lancement d’une poursuite disciplinaire contre Baskov pour des actions qui ont terni la réputation du hockey, évoquant notamment  des pressions envers des sportifs en raison de leurs positions politiques.


Au regard de l’ensemble de ces évènements, l’espoir demeure d’une réaction rapide de la Fédération internationale de hockey. Toutefois, le doute plane autour de la décision qui sera prise par M. Fasel. En décembre dernier, ce dernier semblait toujours décidé à maintenir l’évènement, affirmant à l’agence russe Ria Novosti :

« Nous allons faire tout ce qui est possible pour que le Mondial se tienne à Minsk et Riga, comme prévu ».

A moins qu’il n’entende les mots que l’écrivain bélarusse Sasha Filipenko lui a adressé dans une lettre ouverte publiée dans le journal allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung : « Ai-je bien compris que vous vous apprêtez à organiser la Coupe du monde dans un pays où des gens sont battus et fusillés pour avoir simplement utilisé le drapeau national ? ».

Notre association s’est réunie le dimanche 10 janvier lors d’un flash mob de soutien à la liberté d’organisation des athlètes bélarusses.

Juchés sur nos rollers et équipés de crosses, nous avons également dit non à l’organisation du championnat international de hockey à Minsk.

Un document accuse le régime bélarusse d’avoir orchestré l’assassinat de plusieurs opposants politiques en 2012. L’opération qui ciblait trois anciens responsables bélarusses exilés en Allemagne ne s’est jamais réalisée mais la quatrième cible, un journaliste, a bel et bien été tuée en 2016 à Kiev. Correspondance de Thomas d’Istria à Minsk pour Le Monde

La contestation contre le président Loukachenko devrait se poursuivre au fil de l’année 2021 selon la journaliste Kseniya Halubovich, correspondante à Minsk pour Arte

Cette newsletter a été réalisée par Alisa Syrakvash et Lena Zerka. Le design graphique est l’œuvre de Fiodar Kuleunich. N’hésitez pas à nous contacter si vous souhaitez contribuer ou soutenir notre association !

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