Bélarus : le rôle sombre des banques françaises.

Bienvenue dans la trente-troisième édition de la newsletter de la communauté des Bélarusses à Paris.

Dans cette édition:      

Mais d'abord, comme nous avons eu une pause de trois semaines, laissez-nous vous donner un bref résumé de ce qui s'est passé entre-temps :





Nouvelles formes de protestation au Bélarus



Vu de l'extérieur, on pourrait croire que les protestations bélarusses se sont épuisées. Après tout, nous ne voyons plus de manifestations massives dans les rues de Minsk et des autres grandes villes du Belarus - et il est peu probable qu'elles prennent nécessairement cette forme, même avec l'arrivée du printemps.

Cependant, comme l'observe Anna Colin Lebedev de l'Université Paris Nanterre dans son podcast,

des formes discrètes de résistance sont tout aussi importantes que les grandes manifestations de rue.

L'une des dernières initiatives en date est la campagne #ZOZHTEAM, lancée par la Belarusian Sport Solidarity Foundation (BSSF) qui encourage les Bélarusses à adopter un mode de vie sain, à faire du sport et à abandonner leurs "mauvaises habitudes", notamment le tabac et l'alcool. Tout cela est présenté comme une forme de résistance politique, en particulier parce que les impôts sur l'alcool et les cigarettes font partie des principales sources de revenus du gouvernement bélarusse. Selon le rapport sur la population mondiale de 2021, le Belarus occupe la première place en termes de quantité d'alcool consommée.

Dans le cadre de cette initiative, plus de 50 médaillés olympiques, champions du monde et d'Europe entraînent les Bélarusses et dispensent des cours de perfectionnement, des exercices matinaux, des entraînements vidéo en ligne, organiseront des tournois amateurs, des courses à pied et à vélo en ligne et bien d'autres choses encore.

Prochaine étape : une démocratie saine.

La France et le scandale d’obligations bélarusses



Liberation décrit aujourd'hui le rôle joué par les banques occidentales - y compris les banques françaises - dans la mise en place d'une bouée de sauvetage pour le régime de Loukachenko :

Parmi les acheteurs de ces obligations se trouvent trois banques françaises, d’après des données compilées par l’opposition bélarusse :

Une autre banque française, Société Générale, est également impliquée. Elle a organisé, avec Citigroup et Raiffeisen, la mise sur le marché de ces obligations.



En 2011, dans un contexte assez similaire de violences post-électorales, trois autres institutions financières (la Royal Bank of Scotland, BNP Paribas et la Deutsche Bank) s’étaient pourtant engagées à ne plus organiser de levées de fonds pour le régime d’Alexandre Loukachenko. Moins de dix ans plus tard, ces leçons ont manifestement été mises de côté par le monde bancaire.

Notre diaspora en France a contacté, sans succès, le Crédit Agricole, BNP Paribas et la banque Neuflize.

Apparemment, les journalistes de Libération ont été plus efficaces.

La réponse qu'ils ont reçue du Crédit Agricole est la suivante : «Dans le cadre de la gestion de certains de ses fonds et mandats émergents, Amundi [la société de gestion d’actifs du Crédit Agricole] détient quelques positions sur les obligations biélorusses. Celles-ci ont été réduites depuis le début des protestations et vont continuer à l’être dans les semaines à venir, ces obligations faisant actuellement l’objet d’une révision à la baisse de la notation ESG [qui évalue les critères éthiques].»

BNP Paribas Asset Management assure ne disposer «d’aucun investissement dans les obligations souveraines biélorusses dans ses gestions actives». La branche de la banque gère par contre des fonds dits indiciels qui répliquent les grands indices boursiers. (...) L’essentiel de l’exposition de la banque aux obligations biélorusses est liée à ce fond. Une autre partie pourrait être liée à son activité de banque dépositaire, chargée de la conservation de titres dans lesquels elle n’a pas investi directement.

Quant à la banque Neuflize, elle indique que les obligations sont gérées par sa maison mère, la banque néerlandaise ABN AMRO. «En ce qui concerne les investissements non socialement responsables, ABN AMRO est exposée aux obligations biélorusses mais pour un montant limité. Si le pays est ajouté à une liste de sanctions internationales, la consigne est de vendre dans les dix jours.»

Une membre de notre diaspora a également été cité par Libération, expliquant que :

« chaque dollar donné à Loukachenko est problématique.»

« En lui fournissant une bouée de sauvetage, les banques deviennent complices des violations des droits de l’homme commises par le régime. Cet argent aide le dictateur à survivre, en lui permettant probablement de payer les forces de sécurité. C’est aussi malhonnête. La plupart des banques occidentales affirment adhérer à des normes d’investissement responsable, ce qui n’est pas le cas ici.»

Liberation décrit aujourd'hui le rôle joué par les banques occidentales - y compris les banques françaises - dans la mise en place d'une bouée de sauvetage pour le régime de Loukachenko