Succès encore mitigé de la grève générale

Nous nous sentons privilégiés de pouvoir compter sur tant d'amis du Bélarus en France dans les moments difficiles que vit aujourd'hui notre pays.

Merci et bonne lecture !

Le 30 octobre 2020

Cette semaine, une grève générale a commencé au Bélarus après le non-respect par le président-usurpateur Alexandre Loukachenko de l’ultimatum posé par Svetlana Tsikhanovskaïa (cheffe de l’opposition Bélarusse réfugiée en Lituanie) pour s’acquitter des trois revendications des manifestants: faire cesser les violences, libérer les prisonniers politiques (plus d'une centaine à ce jour) et démissionner de ses fonctions.

Malgré les menaces de licenciement et les arrestations, les employés de plusieurs usines bélarusses (telles que GrodnoAzot, METZ, MEZ, MAZ, Atlant, MTZ, MZKT, Belkard) ont rejoint la grève lundi matin. De nombreux petits commerces - restaurants, cafés, boutiques - ont fermé leurs portes en signe de protestation. Les médecins et soignants ont créé des chaînes de solidarité dans les rues. Les étudiants ont également joué un rôle central cette semaine : en organisant des sit-in dans les écoles et les universités, et des réunions devant les usines, ils ont montré leur solidarité avec les travailleurs.

La réponse de l'État a été violente et n'a laissé aucune place au dialogue. Dès lundi matin, la police anti-émeute est intervenue dans les usines et a usé de violence envers les grévistes pour les forcer à retourner travailler. Dans la seule journée du lundi, plus de 500 personnes ont été arrêtées par la police. Depuis lors, de nombreux travailleurs ont été licenciés, une centaine d’étudiants ont été expulsés des universités, et certains professeurs ont été suspendus.

Ils peuvent tous compter sur la solidarité et le soutien d'autres Bélarusses et d'amis du Bélarus dans le monde entier qui contribuent massivement aux fonds de soutien (comme BySOL, INeedHelpBy, Honest People). Plus de 600 000 euros ont déjà été collectés dans le cadre de l'initiative #YouStrikeWeWork; nous vous encourageons vivement à soutenir vous aussi ces initiatives.

Néanmoins, les employés du secteur public (comme ceux des transports par exemple) sont à ce stade peu nombreux à s'être joints aux manifestations. Les grèves parmi les mineurs (notamment à Belaruskali, deuxième producteur mondial de potasse) ont également été limitées. Et contrairement aux espérances de certains, l'insoumission des fonctionnaires et policiers bélorusses n'a tout simplement eu lieu.

Ces grèves n'ont pas encore réussi à paralyser l'économie du pays et à acculer le régime à la négociation. Mais le gouvernement Loukachenko donne de nombreux signes de faiblesse : hier les frontières terrestres du pays avec la Lituanie, la Lettonie, la Pologne et l'Ukraine ont été fermées aux citoyens étrangers désireux d'entrer au Bélarus. Le ministre de l'Intérieur a également été remplacé.

Ce que les grèves ont indubitablement réussi à faire est d’attirer de nombreuses personnes dans le mouvement de protestation national, en plus de celles et ceux qui, depuis 11 semaines, participent régulièrement à des manifestations dans tout le pays.

Et il devrait être possible de faire participer encore plus de personnes. D'après une enquête d'opinion publique menée au Bélarus par Chatham House, 43 % des citoyens affirment soutenir les manifestations. Seuls 23 % soutiennent fermement Loukachenko. En revanche, les 34 % restants (que l'on pourrait qualifier de "spectateurs") témoignent également en majorité de leur sympathie pour les manifestants. Ces personnes sont moins disposées à faire face aux implications d'un changement de régime. Mais leur soutien tacite au mouvement de protestation ne doit pas être sous-estimé.

Le Congrès mondial des Bélarusses (en ligne) aura lieu ce week-end ! Parmi ses objectifs : discuter de la crise politique actuelle, échanger des idées, et construire un plan pour créer un Bélarus libre et démocratique. Vous pouvez vous inscrire sur le site web de l'événement.



Compte tenu des nouvelles mesures de confinement, nous devons suspendre pour le moment les rassemblements que nous organisons chaque week-end à Paris et dans d'autres villes de France. Nous prévoyons toutefois plusieurs activités en ligne qui permettent de maintenir notre communauté active - et de rappeler au public français les événements importants qui se déroulent actuellement au Bélarus. Détails à venir.

L’exposition d’art engagé bélarusse « Belarus. Protest. Art » qui devait se tenir du 17 au 22 novembre 2020 au 59 rue Rivoli, doit être reportée à une date ultérieure. Nous vous tiendrons au courant des derniers développements.

Les envoyées spéciales à Minsk de France24 et de Libération reportent sur la grève générale qui a commencé cette semaine au Bélarus.

Dans le nouveau chapitre de sa Chronique d'une révolution, Kseniya Halubovich s'entretient avec plusieurs victimes de la répression brutale au Bélarus.

Des experts de France, d'Allemagne et de Pologne ont évalué la réaction de leur pays à la crise bélarusse lors d'un événement en ligne organisé cette semaine par New Eastern Europe et Euro Créative - ici l'enregistrement

Dans Mediapart, Alberto Campi publie son photoreportage sur plusieurs membres de notre diaspora en France (y compris les deux autrices de cette newsletter). Oui, nous tous avons cru être les seuls Bélarusses en France, jusqu'à ce que les événements de cette année nous fassent prendre conscience que nous étions si nombreux !

Cette newsletter a été confectionnée par Alisa Syrakvash et Lena Zerka. Le design graphique a été exécuté par Fiodar Kuleunich; et la rédaction par Ioanna Kosmas. N’hésitez pas à nous contacter si vous souhaitez coopérer ou soutenir notre association !

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